Si tu devais changer de vie, que ferais-tu ?
En mars 2009, c'est un voyage qui changea le cour de mon existence. Aujourd'hui c'est facile de dire comment en aurait-il pu en être autrement ? mais çà l'époque ce n'était pas si évident. Si tu devai…
« Tout européen qui vient en Inde acquiert la patience s’il n’en a pas et la perd s’il en a » – Proverbe indien
Vue de l’occident, l’Inde attire pour de multiples raisons telles que ses traditions, sa culture, ses religions ou ses couleurs et fait peur pour sa misère, sa saleté et ses conditions de voyage souvent rudimentaires. Entre l’envie d’y aller et le passage à l’acte, il y a un fossé qu’il faut franchir. Pour ma part, cela m’a pris quelques années et finalement je ne regrette pas d’avoir mis tant de temps à me décider car j’étais prête à affronter tout ce que l’Inde avait à offrir à la voyageuse en solo que je suis, loin de mes traditions, loin de mon savoir vivre et de mes repères « à la française ».
Voyager seule en Inde, c’est d’abord accepter d’aller dans un pays où les traditions sont omniprésentes et où la condition de la femme est loin d’être ce qu’elle est chez nous. Dans la majeure partie du pays, la femme est souvent reléguée aux tâches ménagères et autres travaux ingrats. Elle se marie à l’adolescence, avec un inconnu, intègre une famille tout aussi inconnue dès le mariage et rejoint le clan féminin de celle-ci. Elle devient, comme les autres, à la merci des envies et des désirs des hommes de la maison. Ces traditions évoluent lentement et on sent l’amorce d’un changement dans les grandes villes comme à Mumbay ou Delhi mais nous sommes encore loin du libre choix, même pour ceux qui partent étudier ou vivre à l’étranger et connaissent une vie à l’occidentale.
Passé l’âge de l’enfance ou de l’adolescence, la rencontre avec une indienne est quasi impossible sans la présence d’un père, d’un frère ou d’un mari. Au Rajasthan, j’ai été invitée par un homme, rencontré au hasard d’un thé, à un diner dans sa famille. Méfiante, j’ai voulu qu’il me la présente en pleine journée pour voir si je ne tombais pas dans un traquenard. Je suis arrivée au milieu du clan des femmes, elles étaient en train de faire la cuisine. Nous avons passé un moment sympathique et plus que rassurée, je dis Ok pour le diner. Le jour J arrivé, je n’ai diné qu’avec les hommes, sans en être prévenue à l’avance. Les femmes étaient soit disant végétariennes et donc n’avaient pas leur place autour du délicieux curry de mouton. Ce fût un moment très déstabilisant, d’autant que je n’étais pas tombée sur une famille d’une caste de bas niveau. Sans être ultra féministe, voir les femmes ainsi traitées, quelle ne puisse pas profiter d’une invitée au même titre que les hommes m’a dérangée voire révoltée. J’ai eu un sentiment identique lors de Holi, la fête des couleurs. A l’âge adulte, seuls les hommes participent. Le peu de femmes que vous voyez dans les rues, sont celles qui regardent l’animation depuis le pas de leur porte. En même temps, les hommes sont tellement frustrés, que cette fête est dangereuse pour elles.
Car oui, venons-en aux hommes. Comme la femme, un homme sait dès sa naissance qu’il ne choisira pas sa future épouse et sait que les rapports sexuels avec une indienne avant le mariage lui sont impossibles. La frustration est donc omniprésente et elle se lit facilement dans les yeux des hommes et dans leurs attitudes. Ils voient les petites occidentales comme de la chair et des filles faciles. Même s’il vous arrivera rarement quelque chose de grave, mieux vaut être sur ses gardes. La vigilance reste la première des mises en garde vis-à-vis de ces hommes. Des regards insistants, des mains aux fesses, des hommes qui se grattent les couilles en vous regardant droit dans les yeux et sans aucune gène, sont des choses que vous vivrez forcément à un moment ou un autre en Inde. C’est déstabilisant mais comme tout, on s’habitue et on ne fait plus attention. Mes premiers conseils sont donc de se fondre dans la masse et ne pas tenter. Toujours être habillée de façon à respecter les traditions et ne dévoiler aucun bout de chair interdit : épaules et genoux couverts et toujours avoir une écharpe ou une étole sur soi pour couvrir sa poitrine.
J’ai la chance d’être brune et d’avoir la peau mate. Le teint hâlé, je peux facilement passer pour une indienne du nord alors j’ai assez rapidement opté pour la tenue locale, pas le sari, mais le Salwar Kameez, un combiné pantalon/tunique/écharpe passe partout, pratique et confortable, le vêtement idéal pour se fondre dans la masse.
Et la masse, ce n’est pas peu dire. En Inde, on est confronté à une densité de population au m2 que nous ne connaissons pas chez nous, sauf dans les transports en commun (le pays devrait devenir le plus peuplé au monde d’ici 2025). Pour une solitaire comme moi, plus à l’aise dans les grands espaces que dans la foule, ce fût l’une des choses les plus difficiles à gérer.
Difficile de marcher dans la rue sans se croire dans un métro aux heures de pointe. Difficile de s’isoler et de ne pas subir la misère, la saleté et toutes les impolitesses du pays : des crachats aux hommes qui pissent devant vous, de ceux qui se curent le nez à ceux qui trainent des pieds ou encore ceux qui tentent de vous arnaquer, les mendiants, il faut supporter tout ce que nous entoure, nous agresse, nous déroute et qui pourtant est de l’ordre de la normalité là-bas. Les villes sont grouillantes et souvent un piège pour le voyageur solitaire novice et en même temps une fois qu’on a vécu l’arnaque ou la fourberie une fois, on se durcit et on vit plus facilement les autres épreuves du voyage en solo.
Delhi fût l’une de mes plus mauvaises expériences en Inde. C’est la seule ville où je suis sortie de mes gonds (et il faut y aller pour me pousser à bout). De celui qui a essayé de m’arnaquer en me disant que le billet de train était acheté en surbooking au chauffeur de taxi qui ne trouve pas ma guesthouse pour m’emmener dans un hôtel où il touchera sa commission, en passant par le chauffeur de rickshaw qui te fait visiter tous les magasins de la ville. Bref, il faut être armé pour supporter les arnaques, la fourberie et la sournoiserie de l’Inde. Il faut savoir se créer une bulle tout en étant sur ses gardes et ferme car l’indien n’a peur de rien, n’a pas froid aux yeux. Il tente souvent le tout pour le tout. Il ne faut pas hésiter à le renvoyer dans ses buts.
Voyager en Inde, c’est apprendre à profiter de l’instant présent sans se soucier du lendemain. Parlez d’avenir à un indien et il vous ramènera la discussion au présent. Il ne sait pas ce qui va se passer dans une heure, pourquoi lui parler de ce qui pourrait éventuellement se passer demain, dans 1 mois, 1 an ou 10 ans. C’est pour cette raison que tout se tente, même l’impossible. Les indiens n’ont peur de rien et n’ont pas froid aux yeux. Mon meilleur exemple se trouve à Varkala, une station balnéaire au sud-est de l’Inde, où un jeune indien (genre 18/20 ans), loueur de parasol sur la plage, est soit disant tombé amoureux de moi. C’est flatteur mais bon… J’avais beau lui dire que j’étais mariée, alliance à l’appui, une technique que toute voyageuse en solo utilise à un moment ou un autre de son voyage, il n’en avait rien à faire. Du « ton mari n’est pas là, tu n’en as rien à faire » à « si tu es là sans lui, c’est que tu ne l’aimes pas et lui non plus » ou encore « ça n’existe pas un mari qui laisse sa femme partir seule à l’autre bout du monde », il a tout fait pour essayer de me convaincre d’atterrir dans son lit. Dans ces cas-là c’est difficile de s’en défaire car l’indien est collant, insistant, et (essaye d’être) persuasif. Ce jour-là mon seul échappatoire a été un rendez-vous sur Skype. J’ai quand même reçu la plus kitsch des déclarations d’amour… Preuve en image :
Mais à côté de toutes ces expériences, le principal bonheur de l’Inde, est la lenteur du voyage et toutes ces rencontres que l’on peut faire, instantanées, éphémères ou durables, elles laissent toujours des souvenirs mémorables. Ces moments où l’on se pose, où l’on prendre le temps de vivre, d’être Shanti Shanti. Derrière ces mots se cachent le calme, le repos, la paix, la tranquillité. Dans cette Inde en effervescence, la méditation a son importance, c’est une façon de faire le vide, d’évacuer le stress et de se recentrer sur l’essentiel dans un pays en perpétuelle agitation. Mon meilleur endroit pour vivre « Shanti Shanti » est certainement Hampi. D’un côté de la rivière les ruines et l’animation touristiques, de l’autre, les rizières, les balades à vélo, les temples et les pujas.
Il faut savoir prendre le temps de s’arrêter et répondre aux sollicitations des locaux pour partager un thé ou un diner. Ces rencontres vous réservent des surprises. A Pushkar, ville que je n’ai pas forcément appréciée, j’ai vécu l’un des moments les plus sympathiques de mon voyage avec le gérant de la guesthouse où j’avais posé mes sacs. Il m’a raconté pendant des heures des histoires de Maharajas. Même si j’ai tout oublié depuis, j’ai remonté le temps et pris beaucoup de plaisir à entendre ses histoires qu’il était ravi de partager.
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Vue de l’occident l’Inde attire ou fait peur. Pour moi y voyager seule fût l’une des expériences les plus enrichissantes de mon tour du monde. J’y suis arrivée sans savoir ce que j’allais trouver et encore moins comment j’allais réagir face à tout ce que l’on entend d’ici. J’en suis repartie un peu plus consciente du monde qui m’entoure, de ses richesses, même dans la pauvreté. Je suis partie de France après avoir vécu plus d’une quinzaine d’années dans le rythme effréné de la vie parisienne. Ma vie était rodée, sécurisée, sans surprise. Là-bas j’ai perdu tous mes repères et pris conscience que le temps n’a pas de prix, que vivre l’instant présent vaut bien mieux que des projections improbables dans l’avenir. J’ai appris la richesse des échanges avec des inconnus, la valeur d’un sourire. J’ai aussi appris à être un peu plus patiente qu’à mon habitude, à gérer toutes sortes d’imprévus sans stress et avec plus de philosophie, ce qui fût la meilleure des choses pour la suite de mon voyage voire de ma vie. Mon regard sur la vie, sur ma vie a changé grâce à mon tour du monde mais principalement grâce à ces 3 premiers mois en Inde.
En conclusion, je dirai que l’Inde n’est pas un pays qui se visite mais un pays qui se vit. N’ayez pas peur de celle-ci, elle a beaucoup à vous offrir. Dans ce pays où les traditions sont omniprésentes, faites le choix de profiter des rencontres incroyablement enrichissantes qui feront votre voyage, tout en sachant vous protéger des quelques dangers qui règnent, comme partout dans le monde.
Et vous, quelle est votre expérience de l’Inde, en solo ou pas ? Vous avez la peau claire et les cheveux blonds, votre expérience peut intéresser les lecteurs !
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