Le voyage au long cours ou la difficulté du retour

Le voyage au long cours ou la difficulté du retour
Le voyage au long cours ou la difficulté du retour

« Etre conscient de la difficulté permet de l’éviter » Lao Tseu

Dans le microcosme des voyageurs au long cours, il est une légende… Celle-ci raconte l’histoire d’un voyageur qui serait désorienté au retour d’un fabuleux voyage. Selon cette même légende, il faudrait environ la moitié de la durée de son aventure pour se remettre sur les rails d’une « vie normale ». Alors, légende ou pas ? J’ai décidé de vous parler sans tabou de la gestion d’un retour à la réalité bien plus difficile à vivre qu’on ne se l’imagine.

Il y a plus d’un an et demi, je partais pour un long voyage à travers le monde sans vraiment savoir à quoi m’attendre. En écrire les (très) grandes lignes, en organiser le minimum et vivre au jour le jour sans savoir de quoi le lendemain serait fait, tels étaient mes modestes objectifs et ambitions avant de partir. J’avais tout simplement envie de me laisser surprendre par mes rencontres et l’imprévu. Dès mon arrivée en Inde je sus que ce voyage serait fait pour moi. Je me souviens encore de cette petite danse à 3h du mat’ dans ma guest house pourrie de Chennai où je me suis dit « ça y est, tu y es, profite ». Au fur et à mesure que l’aventure avança, j’en appris plus sur la vie d’un voyageur au long cours. Voici ce que je découvris.

Voyager au long cours, c’est :

  • Sortir de la routine et prendre le temps de vivre
  • Dire adieu à ses principes et ses repères, être face à soi-même et repousser chaque jour ses limites
  • Voir sa vie réduite à un sac à dos pesant de 15 à 20kg et se sentir heureux de vivre sans superflu
  • Avoir un budget quotidien mini-serré, vivre selon la devise « gagner rien, dépenser (presque) rien », sortir de cette vie de consommation de masse et ne pas s’en porter plus mal
  • Dormir dans des hôtels sous étoilés, souvent dans des dortoirs bruyants et sans intimité, se laver dans des douches à la propreté douteuse et s’accommoder de tout cela sans se poser de question
  • Passer de nombreuses nuits dans des trains ou des bus sans confort, être éreinté à l’arrivée mais se dire que l’aventure forme la jeunesse même si on n’est plus si jeune
  • Faire attention à ce (et ceux) qui nous entoure(nt) et s’ouvrir sur l’extérieur, faire tomber les barrières de l’individualisme et de l’intolérance
  • Aller quotidiennement à la rencontre de la générosité du monde, vivre de très beaux instants de vie avec des locaux et chaque jour se poser la question « est-ce que j’aurais fait ça chez moi avec des étrangers ? » et se dire que non
  • Revenir à l’essentiel et réaliser qu’on n’a jamais été aussi heureux qu’avec ce minimum vital
  • S’armer de patience, faire face aux imprévus, détecter les arnaques, vivre 15 vies en une et s’adapter à toutes les situations
  • S’endormir heureux et avoir hâte d’être le lendemain
  • Se lever heureux et avoir hâte de commencer sa journée
  • Ne pas juger et profiter

Bref vous l’aurez certainement compris, je découvris que voyager au long cours était comme vivre un retour à l’essentiel et apprécier la vie dans tout ce qu’elle a de plus simple.

Le retour, c’est Lost in translation

Quand on a vécu tout cela et bien plus encore, revenir à notre vie d’avant, à une vie que certains disent « normale », c’est prendre une grande claque, un coup de massue sans s’y attendre ! Passée l’étape un peu grisante des retrouvailles avec les proches, bienvenue dans Lost in translation dans son pays natal. Le choc est grand et chaque jour on se demande pourquoi on est rentré et quand est-ce qu’on repart ? Voici en vrac quelques situations auxquelles on doit malheureusement faire face :

  • Rentrer en France juste avant Noël et se sentir agressée par la consommation de masse
  • Rentrer dans un magasin, se sentir agressée par le bruit, les lumières, la foule et ressortir au bout d’une minute en larmes, dégoutée par le « trop »
  • Rentrer dans le métro, se sentir désorientée, faire face à la bêtise humaine et à l’intolérance, se demander ce qu’on fait là et ressortir en pleurs
  • Poser une question d’orientation à ses compatriotes dans la rue et donner raison aux étrangers quand ils disent que la France fait partie des pays les moins accueillants au monde
  • Se prendre de plein fouet le négativisme et l’anxiété des français, ne pas comprendre et avoir l’impression de sortir tout droit du monde magique de Oui-Oui
  • Avoir l’impression d’être une extra-terrestre qui parlerait philosophie de la vie
  • Avoir un recul sur la vie et se rendre compte que cela dérange
  • S’entendre dire à maintes reprises qu’on a de la chance d’avoir fait un si beau voyage et répondre à chaque fois que parler d’audace serait peut-être plus approprié
  • Comprendre dans le regard et l’attitude des autres que l’on a changé et que nos attentes de la vie ne sont plus les mêmes
  • Avoir des attentes simples de la vie et avoir l’impression qu’elles sont assimilées à un manque d’ambition plutôt qu’à une simple recherche de bonheur
  • Prendre conscience (encore plus que pendant son voyage) que les plus pauvres sont finalement les plus riches
  • Répondre des dizaines de fois aux 3 questions « qui tuent » et se demander si l’aventure que l’on a vécue ne mérite pas plus que ces 3 questions : « alors c’était comment ? » « Quel pays as-tu préféré ? » « Et il ne t’est rien arrivé ? »
  • Rentrer chez soi après une soirée et avoir l’impression d’en être passée à côté
  • Se rendre compte que l’on vit dans une société individualiste, égo-centrée et se sentir bien isolée
  • Parler à des répondeurs, des ordinateurs et avoir l’impression que la vie virtuelle prend le dessus sur la vie réelle
  • Se rendre compte qu’être là ou ailleurs, c’est pareil voire c’est plus sympa d’être ailleurs parce qu’au moins là-bas des inconnus ont la curiosité de s’intéresser aux autres pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils peuvent apporter. Les échanges sont riches, moins nombrilistes
  • Se lever chaque matin et avoir envie d’acheter un billet d’avion pour partir n’importe où mais ailleurs, là tout de suite maintenant et surtout ne pas revenir
  • Se coucher et se dire que demain ressemblera malheureusement à aujourd’hui et que l’imprévu fait malheureusement place à la routine, à l’organisation, à cette vie rangée et normale que j’affectionne si peu mais à laquelle il faut s’adapter
  • C’est rentrer et se rendre compte que rien n’a changé, que tout est comme avant, à la même place, avec les mêmes angoisses et les mêmes problèmes
  • S’entendre dire qu’on a passé un an en vacances et se dire que personne ne peut comprendre ce qu’on a vécu
  • Se sentir étranger chez soi
  • Se prendre de plein fouet le stress de la vie quotidienne des autres et ne pas comprendre pourquoi tout ce stress
  • Prendre des risques dans l’orientation de sa nouvelle vie et être jugée
  • Se sentir plus seul(e) en France qu’en un an d’aventures en solo sur les routes du monde et se dire que les rencontres sont plus évidentes sur la route que chez soi

La légende n’en est donc pas une…

Heureusement, dans tout ce marasme, certains ont su me comprendre, ne pas me juger et accepter que je revienne différente. Ils ont été là et je les en remercie. J’espère en avoir aider certains avec ma force et mon recul, à réfléchir au sens de leur vie et peut-être envisager leur avenir différemment.

A tous ceux qui sont encore sur la route, sachez que rentrer c’est prendre conscience et de façon assez rapide et brutale, de tous les changements que ce voyage a opéré en vous ! La difficulté est de se retrouver UNE place et peut-être pas SA place. De trouver le recul nécessaire pour se dire qu’on ne peut pas en vouloir à la société d’être ce qu’elle est et de reprocher aux autres d’être ce qu’ils sont. C’est nous qui avons changé et c’est à nous seul de trouver la force pour se réacclimater dans un pays où rien n’a changé ou presque, où la prise de risque est quasi nulle ! Il faut apprivoiser le temps et éviter de retomber soi-même dans ce piège de l’individualisme, de l’anxiété, du stress. Il faut essayer de se souvenir quotidiennement de toutes les leçons de vie acquises au long de son voyage pour s’aider à surmonter l’épreuve du retour.

Je repense souvent à tous ces sourires en Asie. Je me souviens des enfants de Yanapai au Pérou et de leur envie de se surpasser pour gagner un stylo Bic. Je me souviens des échanges avec le directeur de l’école de Kadaikanal en Inde. De son envie, à sa petite échelle, de donner une bonne éducation à quelques enfants et peut-être demain en sortir un ou deux de la misère. Je me souviens de la sérénité des moines birmans alors qu’il y a quelques années ils étaient au coeur du conflit qui les opposait à la junte militaire. Je me souviens de mes 5 jours à Valparaiso au Chili dans une petite pension tenue des hommes au coeur incommensurable. Je me souviens de cette femme au Cambodge qui gagnait 40$ par mois et qui suivait quotidiennement des cours d’anglais en se disant que grâce à cela demain serait meilleur qu’aujourd’hui. Je me souviens de ce porteur au Népal qui avait plus 30 kg sur son dos (alors que la loi n’en autorise qu’une vingtaine), la faute à des touristes peu scrupuleux. Le voir peiner et comprendre qu’il ne gagnera que 3$ par jour pour ce travail pénible. Je me souviens de cette vieille femme en Inde qui m’a offert deux bracelets pour lui avoir laissé ma place dans le bus. Je me souviens de toutes ces personnes qui m’ont accueillie, accompagnée le temps d’une journée, d’une soirée, de quelques jours.

Je me souviens et je relativise.

Bientôt 9 mois que je suis rentrée. Les moments de solitude et le décalage s’estompent mais l’envie de repartir est toujours là. Pour palier à ce mal-être du retour et l’incompréhension de mon entourage, je vois régulièrement d’autres voyageurs au long cours, eux aussi de retour en France, eux aussi parfois déphasés. Le temps d’une soirée, nous partageons nos aventures. On se comprend et on ne se juge pas. Ces rencontres me permettent d’équilibrer ma vie et de parler de mes aventures sans reprocher à d’autres de ne pas s’y intéresser, de ne pas me comprendre ou de mal interpréter mes maux.

Si vous vous reconnaissez dans instants de vie, dans ces mots et que vous aussi vous vous sentez en décalage, avez besoin de revivre un peu de votre aventure, de parler à des gens qui vous comprennent, venez rejoindre le Cercle amateur des voyageurs au long cours anonymes. Nos rencontrent se passent à Paris alors si vous êtes dans le coin et que l’envie vous dit, n’hésitez pas à m’envoyer un mail et l’adresse de votre blog si vous en avez un et je ne manquerai pas de vous inviter à notre prochaine rencontre.

A très vite.

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Update 31 août 2012 : le cercle des amateurs s’est transformé en association Les Passeurs d’aventures et nous organisons des ©Apérovoyageurs à Paris et en Province. Pour tout savoir, il suffit de se connecter à la page Facebook ou au compte Twitter @PassDav

# Voyager seule

Questions fréquentes

Mes conseils sur la location de voiture en Laponie avec DiscoverCars

Voici les réponses aux questions que vous me posez le plus souvent à propos de mes voyages, de l’organisation et des conseils pratiques.
Le prix d’une voiture de location de voiture en Laponie dépend du modèle que vous allez louer, de la saison, de votre anticipation et de la durée. Je vous conseille aussi de louer le plus tôt possible avant votre départ pour bénéficier des meilleurs prix.
Il faut compter à partir de 600€ environ pour une semaine en hiver sur un modèle type Volkswagen Golf. Vous pouvez utiliser un comparateur du type Discovercars pour comparer les prix selon les modèles. Faites bien attention à la notation des loueurs quand vous choisirez votre voiture.
Je recommande de prendre une couverture complète quand on loue une voiture en Laponie. Avec la neige, on n’est jamais à l’abris de fissurer un parechoc ou d’avoir un quelconque problème. J’ai eu le problème de parechoc fissuré et j’ai été contente d’avoir souscrit à cette couverture car j’ai été remboursée de la franchise prélevée le jour de mon départ en 3 jours.

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